LE PRESTIGE DU NOIR ET BLANC

La conservation des images photographiques est un gros problème qui passe souvent inaperçu du grand public et même souvent du photographe le plus averti. Les processus est inéluctable : les colorants qui forment les images couleurs classiques ne sont guère résistants aux agressions des rayonnements UV notamment ou de certains produits chimiques dégagés par notre environnement (solvants de colles dans les meubles en plaqué ou en aggloméré) ou en suspension dans l'atmosphère (pollution chimique). Il n'y a pas que les forêts qui meurent des pluies acides !

La durée limitée des épreuves couleurs courantes (seul l’Ilfochrome avance une pérennité de l'ordre d'un siècle… mais pas réellement testé !) devrait faire réfléchir. Il faut songer que nos petits enfants ne connaîtront peut être pas la joie de s'attendrir sur la fuite du temps, faute d'éléments iconographiques.

Plus grave encore : ce sont des informations et des documents sur le 20ème siècle qui vont peu à peu disparaîtres, en amputant la mémoire collective. Ce n'est pas le cinéma, et encore moins la vidéo (il suffit de regarder ce qu'est devenue une bande des années 70...) ni le numérique actuel (du moins dans l’impression sur papier) qui permettront de sauver ce patrimoine. D'où l'importance du noir et blanc comme témoignage impérissable. Et surtout celle d'un traitement assurant une conservation satisfaisante des épreuves par deux moyens :

- Elimination des halogénures d'argent n'ayant pas contribué directement à la formation de l'image (ces éléments sont surtout présents dans les zones claires);

- élimination des produits chimiques résiduels de fixage.

Deux étapes sont donc vitales pour une conservation satisfaisante : le fixage et le lavage.

FIXAGE ET LAVAGE

La cause principale de la détérioration prématurée des photos noir et blanc provient de méthodes de traitement incorrectes, en particulier d'un mauvais fixage et/ou d'un mauvais lavage. D'une façon générale, le but du photographe ou du tireur devrait être la production d'épreuves comportant le moins de résidus chimiques possible car ils peuvent accélérer cette détérioration.

NIVEAU DE THIOSULFATE RESIDUEL POUR UNE QUALITE D'ARCHIVAGE

Le thiosulfate d'ammonium est l'agent de fixage le plus utilisé dans les fixateurs rapides. Il tend à remplacer l'hyposulfite de soude et permet la réalisation de fixateurs rapides (agissant en 1 mn au lieu de 5 en moyenne), ce qui facilite grandement le lavage.

Deux niveaux de permanence sont admis dans les normes concernant les images photographiques.

1. Pour l'archivage : c’est-à-dire stable pendant 100 ans.

2. A des fins commerciales : c’est-à-dire stable pendant 10 ans.

Des contrôles réalisés avec des papiers barytés fixés et lavés de façon conventionnelle (soit 5 mn de fixage suivies d'une heure de lavage en eau courante) donnent une valeur moyenne de 0,8 microgramme/cm2. Aussi, il est raisonnable de prendre de chiffre comme valeur maximale pour une stabilité aux normes dites d’"archivage".

Il s'agit donc de produire des épreuves qui contiennent le moins possible de résidus chimiques, autres que l'argent réduit au développement (argent métal). Cela est assuré en deux temps : élimination des halogénures d'argent non développés puis des résidus de fixage, par lavage final soigneux de l'émulsion et de son support.

FIXAGE

Films et papiers photographiques doivent être traités pour éliminer de l'émulsion les sels d'argent inutilisés (halogénures d'argent qui n'ont pas été réduits en argent métallique noir au cours du développement). Cela évite le noircissement ultérieur de ces halogénures encore sensibles à la lumière, mais non utilisés dans la formation de l'image argentique. C'est le processus de fixage.

DUREE DE FIXAGE

Le fixage d'une simple feuille de papier dans une solution neuve de fixateur est très rapide. Cependant, si l'on fixe une série d'épreuves en même temps, elles peuvent coller les unes aux autres et empêcher la solution d'agir. Pour cette raison, il est important d'agiter les épreuves et de les maintenir séparées pendant tout le traitement, l’idéal étant de fixer feuille à feuille. Les durées recommandées par Ilford comprennent un temps supplémentaire de "sécurité" pour tenir compte de ce phénomène et aussi de la baisse d'activité du fixateur, lorsqu'il commence à s'épuiser (certains comportent même en colorant qui vire du jeune au violet lorsqu'il s'épuise).

Il est très important que les durées recommandées ne soient pas dépassées, car cela aurait pour effet néfaste l'accroissement de l'absorption par les fibres du papier, d'où la difficulté d'éliminer au lavage les composants argentiques (ce qui compromettrait les caractéristiques de conservation).

Enfin, il ne faut en aucun cas augmenter la concentration préconisée par le fabricant, sous peine de donner naissance à des résidus totalement insolubles.

CAPACITE

A condition d'utiliser un bain d'arrêt entre le révélateur et le fixateur (dont on maintient ainsi l'acidité), la capacité du fixateur est limitée par la concentration de l'argent dissous dans le bain.

Les fixateurs modernes au thiosulfate (fixateurs rapides) ne tolèrent aucun dépassement de capacité : il convient donc d'être particulièrement vigilant sur les surfaces de papier traitées et l'usure du fixateur.

Au delà d'un certain degré d'usure, des composés d'argent insolubles se forment et il est impossible de les éliminer au lavage. Cela se produit en particulier avec les papiers barytés, où la couche barytée et le support papier lui-même absorbent les produits chimiques. Pour un usage commercial courant avec un fixage unique, la limite établie est de 2 grammes d'argent par litre. Cela correspond à environ 40 tirages 20,3 x 25,4 cm/litre de solution prête à l'emploi. Pour l'archivage, la limite est réduite à 0,5 gramme par litre, soit 10 tirages.

AGENTS TANNANTS

Les papiers photographiques ne nécessitent généralement pas l'emploi d'un fixateur acide tannant : les émulsions utilisées sont suffisamment tannées pendant la fabrication. En outre, l'usage de tannants réduit considérablement l'efficacité du lavage. A éviter, donc.

Une seule exception : dans certaines circonstances, les agents tannants peuvent permettre d'améliorer les caractéristiques de glaçage. Cependant, il ne faut les utiliser que dans le cas de tirages "commerciaux" et non pour des tirages prévus pour la longue conservation

CONSEILS D'ORDRE GENERAL SUR LE FIXAGE

1. Utilisez toujours un bain d'arrêt (acide acétique, éviter les dérivés comme le vinaigre par exemple).

2. Ne surconcentrez pas un fixateur rapide.

3. Contrôlez en permanence le nombre d'épreuves traitées et n'excédez jamais la capacité recommandée.

4. Agitez vigoureusement les épreuves : ne fixez pas trop d'épreuves en une seule fois.

5. Chronométrez, ne dépassez pas les durées de fixage recommandées!

6. Souvenez-vous bien que des épreuves mal fixées ne peuvent pas être bien lavées.

LAVAGE

Un lavage abondant et efficace est très important pour éliminer le thiosulfate résiduel et les complexes argento-thiosulfates du papier. Le procédé est très simple : il suffit de fournir de l'eau courante, avec des renouvellements complets au moins toutes les cinq minutes, et de laisser circuler les tirages de telle sorte qu'ils ne se heurtent pas au cours du lavage et ainsi n'altèrent pas l'état de surface.

Il existe dans le commerce des machines qui conviennent très bien pour cela, à condition de ne pas les surcharger. On peut aussi laver quelques feuilles à la fois dans une cuvette, grâce au laveur sous-pression Deville ou Kodak par exemple.

Le système de lavage en cascade est certainement l'un des meilleurs. La température de l'eau n'est pas critique, mais la vitesse de lavage décroît avec la température. La température idéale varie entre 18 et 24°C. L'efficacité décroît très sensiblement à partir de 15°C, seuil à partir duquel il faut commencer à réchauffer l'eau.

LE PROCESSUS DE LAVAGE IMPLIQUE 3 ETAPES :

1. La diffusion des sels de l'intérieur de l'émulsion vers la surface émulsionnée.

2. Leur élimination (depuis la surface) dans l'eau.

3. Le renouvellement de l'eau fraîche en surface.

Le taux de thiosulfate éliminé décroît selon une loi exponentielle. De ce fait, la quantité éliminé est à tout moment proportionnelle à la quantité encore présente dans la couche de l'émulsion.

Plus simplement, cela signifie que la majeure partie du thiosulfate est éliminé pendant les cinq premières minutes de lavage. Au bout d'une heure, la réduction du thiosulfate devient infime par unité de temps : il devient donc de peu d'intérêt de laver deux à quatre fois plus longtemps.

Il existe une excellente solution pour obtenir les niveaux très bas de thiosulfate résiduel demandés par les archivistes (0,15 à 0,2 microgramme/cm2); elle consiste à adopter la méthode conseillée à l'origine par Ilford pour les papiers barytés.

SEQUENCE ILFORD DE FIXAGE ET LAVAGE POUR UNE STABILITE MAXIMALE

Depuis des années, il y a eu très peu d'évolution dans la façon de fixer et laver les papiers barytés noir et blanc.

Il existe une réticence à appliquer des durées de fixage et de lavage plus courts que celles instituées traditionnellement. Cela est compréhensible avec un fixateur conventionnel lent, lorsque la qualité d'image et la permanence sont en cause.

La séquence de traitement recommandée ici pour les papiers barytés Ilford ne compromet ni la qualité, ni la permanence. C'est une méthode très simple, qui permet en outre un gain de temps et surtout une économie d'eau. Le taux de thiosulfate résiduel est aussi bas que celui auquel on parvient avec la séquence ANSI (Américan National Standard Institute), beaucoup plus longue et fastidieuse.

Les séquences de fixage et lavage qui sont indiquées ci-dessous ne prennent qu'un peu plus de 20 minutes et donnent des taux de thiosulfate qui sont d'environ 1/4 de ceux obtenus après 5 à 10 minutes de fixage suivit d'un lavage normal en eau courante pendant 60 minutes, soit 0,2 microgramme/cm2 par rapport à 0,8 microgramme/cm2 (taux moyen courant).

VOICI LA SEQUENCE COMPLETE :

* Fixage Ilford Hypam (1+4) : 30 secondes ; agiter constamment: ne jamais excéder une minute et respecter scrupuleusement les dilutions et capacités de traitement indiquées par le fabricant. L'usage d'un tannant n'est pas recommandé.

* Premier lavage en eau courante fraîche (20°C) et abondante : 5 minutes. Veiller à ce que les tirages ne collent pas entre eux.

* Rinçage Ilford Galerie Washaid (1+4) avec agitation intermittente : 10 minutes.

* Lavage final en eau courante fraîche et abondante : 5 minutes.

Toutes les séquences de traitement s'effectuent bien entendu à 20°C.

L'élément clé qui favorise le succès de cette méthode est le temps de fixage court. Comme dit précédemment, le fixage de l'émulsion des papiers noir et blanc se fait très vite. En le limitant à 30 secondes, on évite (comme c'est le cas en traitement long) l'absorption de complexes argento-thiosulfate dans les fibres du support (l'effet de la variation des durées de fixage sur le taux de thiosulfate résiduel est très important puisque, de 0,14 microgramme au bout de 30 secondes, qui est la durée préconisée, on passe à 0,16 au bout de 1 min et à 0,60 au bout de 2 min).

QUELQUES CONSEILS POUR UN BON LAVAGE

1. Se souvenir que des épreuves sous-fixées présentent une conservation limitée.

2. Ne pas oublier que des épreuves surfixées ne peuvent être correctement lavées.

3. Le temps de lavage commence lorsque la dernière épreuve est dans l'eau.

4. Plusieurs renouvellements d'eau (au moins un toutes les cinq minutes) sont nécessaires pour un bon lavage. Des machines bien conçues le font automatiquement.

5. Il ne faut pas surcharger la machine. Si les épreuves sont constamment séparées et agitées, les résultats seront meilleurs.

6. Une température de l'eau plus basse entraîne une durée de lavage plus longue. Ne pas descendre trop bas (en pratique, pas en dessous de 15°C).

7. Ne pas utiliser de tannant dans le fixateur, cela diminue l'efficacité du lavage.

8. Des agents de clarification sont efficaces pour des durées de lavage courtes, et ils améliorent celui-ci.

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CJLPC88-V1.3-130289 – mise à jour 27022001

DEVELOPPEMENT ET FIXAGE EN NOIR ET BLANC
LONGUE CONSERVATION
POUR PAPIER BROMUREET CHLOROBROMURE
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Voici la méthode de traitement complet que j’utilise.

DEVELOPPEMENT :

Révélateur AGFA NEUTOL
ou
PRODES SPECIAL (tons chauds)
ou
Révélateur KODAK DEKTOL (tons neutres) : 2 minutes à 20°C

BAIN D'ARRET :

Acide acétique (30 cc par litre) : 30 secondes à 20°C

SEQUENCE DE FIXAGE/LAVAGE :

  • Fixateur rapide (type Hypam à 1+4) avec agitation continue, non tannant : 30 secondes
  • Premier lavage en eau courante à 20°C et abondante : 5 minutes
  • Rinçage dans un accélérateur de lavage (type Ilford Galerie Washaid) avec agitation intermittente : 10 minutes
  • Lavage final en eau courante à 20°C et abondante : 5 minutes

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Taux de thiosulfate résiduel = 0.14 microgramme/cm2 (norme archivage = 0.8 microgramme /cm2).

Capacité du fixateur (norme archivage) = 10 tirages 20 x 25 cm par litre (0.5 m2).
(Norme archivage = stable pendant 100 ans).

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