L'ANIMATION DES CLUBS

Cet article aborde l'animation des clubs en tentant d'abord d'analyser les besoins réels de ses adhérents, puis de trouver un processus d'animation susceptible de satisfaire ces besoins.

 1 - LES BESOINS FONDAMENTAUX DES INDIVIDUS : THEORIE DE MASLOW

 Maslow propose une hiérarchie de cinq besoins fondamentaux à l'origine des motivations et qui déterminent le comportement :

  • Besoins physiologiques,
  • Besoins de sécurité,
  • Besoins sociaux (relations, communication, affectivité, appartenance),
  • Besoins de personnalité (considération, estime, pres­tige, réussite),
  • Besoins de réalisation de soi (accomplissement).

Ces besoins peuvent se symboliser sous forme d'une pyramide, dont la base serait constituée par les besoins physiologiques et le sommet par les besoins de réalisation. Pour MASLOW, tout individu cherche à grimper la pyramide : il faut avoir satis­fait aux besoins inférieurs pour passer au besoin supérieur; c'est un cheminement inévitable.

Régi par ce type de comportement, chaque adhérent de club se trouve donc quelque part sur la pyramide de MASLOW et attend de nous - des animateurs - de pouvoir satisfaire son besoin du mo­ment pour progresser sur cette pyramide. S'il n'obtient pas sa­tisfaction, il nous quittera pour la chercher ailleurs. A nous donc, animateurs, de trouver le moyen de le satisfaire. Pour cela, déterminons d'abord quels sont les comportements typiques des adhérents, puis nous verrons comment structurer le club pour effectivement satisfaire ces besoins.

2 - TENTATIVE DE CLASSIFICATION DES ADHERENTS

A priori, on a supposé‚ que notre candidat adhérent se présentait au club avec ses besoins physiologiques et de sécurit‚ satisfaits (ce qui n'est pas toujours le cas...).

On étudiera donc son comportement uniquement vis-à-vis des trois autres besoins.

2-1 Besoin de société‚

Relation, communication, affectivité, appartenance.

  • L'adhésion (carte et cotisation) satisfait le critère d'appartenance.
  • Présentation aux autres membres et parrainage satisfont relation et affectivité : même si l'adhérent est timide, il est utile de le faire !
  • Séances en groupes, discussions satisfont le besoin de communication (parler, écouter, échanger des idées etc.).

Pour satisfaire leur besoin d'appartenance, il faut :

  • NE PAS LES CULPABILISER !
  • Officialiser leur existence et souligner le rôle important qu'ils ont dans la vie du club.

2-2 Besoins de personnalité

Considération, estime, prestige, réussite.

C'est sans doute le point qui doit retenir particulièrement notre attention :

Actuellement dans les clubs, nous avons tendance à ne considérer ou estimer que les photographes qui nous montrent des images esthétiques c'est-à-dire ceux qui sont passés à l'ultime besoin de réalisation de soi, à un niveau où se situent culture et esthétisme. Or, MASLOW nous répète qu'il est impossible de se réaliser si le besoin de personnalité n'est pas satisfait.

Il nous faut donc veiller à ce que, après que nos adhérents aient appris à discuter - montrer - communiquer, ils puissent faire en sorte d'être "reconnus" (considération, estime etc. ..) à travers une démarche, des oeuvres, un travail qui ne demande rien à l'esthétisme. Ceci reste vrai que notre adhérent soit pratiquant ou sympathisant seulement.

Proposer une activité, un travail à nos adhérents en quête de ce besoin de personnalité est donc important mais ce qui l'est encore plus c'est de "reconnaître" ce travail officiellement car ce n'est que dans cette reconnaissance que nous satisfai­sons ces besoins de considération - estime - prestige - réussite.

Plus loin, nous verrons ce que l'on peut proposer comme type d'actions, pour les pratiquants comme pour les sympathisants.

2-3 Besoins de réalisation de soi

Une fois les étapes ci-dessus franchies, et seulement à ce mo­ment !, notre adhérent va se pencher sur l'ultime besoin : la réalisation de soi, c'est-à-dire indirectement l'intellectuel, la culture, l'esthétisme ; notre pratiquant est mûr pour devenir une « bête à concours », notre sympathisant un esthète.

Peut être faudrait-il seulement encourager les animateurs de club à élargir leur propos vers la culture photographique en général et même vers les autres arts visuels.

Il faut noter que là aussi, les sympathisants peuvent trouver satisfaction : ils se cultivent et s'ils ne participent pas aux compétitions (internes ou externes), ils peuvent tout du moins participer aux sélections, voire aux jugements. (Max FAVALLELI, … qui quelqu'un reprochait d'être dur en critique alors qu'il n'avait pas écrit de pièce de théâtre, rétorqua qu'il n'avait jamais pondu d'oeufs mais s'estimait plus compétent qu'une poule pour juger de la qualité d'une omelette !).

2-4 Niveau de compétence et besoins

De ce qui précède, on peut schématiser une classification ap­proximative :

 

SYMPATHISANTS  PEUVENT ETRE BESOINS DE SOCIETE
CONFIRMES   PRATIQUANTS BESOINS DE PERSONNALITE
EXPERTS ou NEOPHYTES REALISATION DE SOI

Ceci nous permettra d'identifier les besoins principaux des adhérents.

3 - POUR UNE STRUCTURE ADAPTEE DES CLUBS

Le club, pour retenir ses adhérents, doit donc :

  • Ne pas les faire régresser vers les deux premiers be­soins de la pyramide (besoins physiologiques et de sé­curité) : ceci concerne presque essentiellement les locaux.
  • Satisfaire progressivement les autres besoins (société‚ personnalité, réalisation de soi) pour chaque adhérent: c'est un problème d'animation.

3-1 Les locaux

Il serait souhaitable d'avoir des locaux :

  • D'apparence solide, qui puissent fermer (besoin de sé­curité),
  • Possédant des toilettes, mais pourquoi pas aussi une petite machine à café et un réfrigérateur (besoins phy­siologiques),
  • Qui appartiennent au club, qui soient suffisamment vastes pour accueillir tous ses membres sans qu'il y ait surdensité‚ de population, compromettante vis-à-vis du besoin de sécurité.

3-2 L'accueil

A travers le classique questionnaire d'accueil, oral ou écrit, il est nécessaire d'identifier, en plus des tendances et compé­tences du nouvel adhérent, quels sont ses besoins (société, personnalité, réalisation de soi). En s'aidant du tableau géné­ral du paragraphe 2-4, on peut ainsi mieux l'orienter vers l'animation et dans ses travaux.

Rappelons aussi que l'adhésion (carte et cotisation) d'une part, la présentation ou le parrainage d'autre part, satisfont son besoin de société : … ne pas négliger !

3-3 L'animation

Il faut donc définir des types d'animation bien adaptés à tous les besoins :

  • Pour les néophytes, qui en sont souvent au besoin de société, sympathisants ou pratiquants, il s'agit d'initiation, mais elle doit être participative pour que chacun puisse d'ores et déjà satisfaire son besoin de communi­cation. Cette initiation est centrée essentiellement sur la technique ; la photographie est un moyen de communi­cation : il faut en maîtriser la technique pour pouvoir communiquer.
  • Pour les confirmés, qui eux sont déjà au besoin de personna­lité, l'animation sera axée sur le perfectionnement technique en parallèle duquel on abordera la lecture de l'image. Cette animation n'a d'autre but que d'inciter les gens à travailler personnellement pour que le ré­sultat de ce travail soit reconnu officiellement pour sa valeur technique ou utilitaire, mais sans critère d'esthétisme.
  • Pour les experts, qui en sont au besoin de réalisation de soi, des séances de critiques, présentation d'auteurs, d'artistes, visites de musées, etc.  devraient satis­faire sympathisants et pratiquants. Si le club à la structure d'accueil voulue, les amateurs d'arts de­vraient y venir tout naturellement. Les animateurs, s'ils ne sont pas spécialistes eux-mêmes dans tel ou tel domaine, doivent s'efforcer d'inviter à leurs séances toutes sortes d'artistes ou d'amateurs d'art pour montrer la diversification des approches en la ma­tière ; cela permet d'ailleurs de s'attacher au club de très efficaces "sympathisants culturels" !

 Bien entendu, en dehors des séances d'initiation et de perfec­tionnement techniques, les séances de critiques, présentation d'auteurs etc. réunissent en général tout le club. C'est sou­vent l'importante occasion de réunir et de faire communiquer tous les adhérents, pour les pratiquants de montrer leurs tra­vaux. Il est essentiel pour les animateurs de veiller :

 

  • à l'équilibre de ces séances : entre la technique, la lecture de l'image, l'esthétisme, etc.
  • à ce que tout le monde puisse s'exprimer. L'animateur se doit de solliciter les avis, de ne donner le sien qu'en dernier lieu, de faire répondre aux questions ou­vertes (et non de répondre lui-même),
  • à ce que la discussion reste équilibrée, qu'il n'y ait pas de gens qui ont 100% raison et d'autres 100% tort,
  • que chaque adhérent qui montre ses oeuvres soit jugé selon son niveau :
  • le néophyte sur son efficacité de communication « X a voulu montrer cela, il a parfaitement réussi ! » ou bien « qu'a voulu montrer l'auteur ? »,
  • le confirmé, en plus de l'intention, sur la technique et un peu sur la composition,
  • l'expert, en plus du reste, sur la lecture de l'image et l'esthétisme.

 L'animateur doit donc "annoncer la couleur" dès le dé­part (« X voudrait avoir votre avis sur la technique de tirage de sa photo », par exemple) et faire en sorte que les avis ne s'en tiennent qu'à ce domaine.

  •  à solliciter les adhérents pour un travail personnel. Les séances de critiques sont une bonne occasion de sollicitation - l'adhérent se sent plus engagé ! - mais aussi pour "reconnaître" la valeur des travaux présentés (remerciements en public pour l'auteur).

3-4 Le travail personnel

Si pour les néophytes et les experts il n'y a pas trop de pro­blèmes - quoi que... -, les uns et les autres ayant des objec­tifs bien précis, il paraît judicieux de guider les confirmés dans le choix d'un travail valorisant, conduisant à être "re­connu" sans que la notion de culture ou d'esthétisme soit di­rectement impliquée.

Mal identifié, ce problème important peut nuire à la progres­sion de l'adhérent, puisse d'une part s'exprimer à travers ce travail mais, comme il est dit plus haut, être "reconnu offi­ciellement" (exposition, cérémonie de remerciements, remise de médaille, etc.), à la mesure du travail fourni.

Ce travail peut être (liste à enrichir et à compléter !) :

Pour les pratiquants :

  • amélioration de la compétence technique en qualité ou (et) en quantité, à travers les oeuvres présentées,
  • réalisation d'un travail dans l'intérêt de la commu­nauté (photo-club, commune, entreprise, etc.) :
  • prises de vues, tirages, montages sonorisés où l'esthétisme n'est pas impliquée,
  • test d'un dispositif nouveau, d'un produit, d'un film etc.
  • défrichage d'une technique utilisant la photogra­phie (exemple : sérigraphie, Dye-transfert, voire vidéographie ...) et permettant une plus grande ou­verture pour le club.

Pour les sympathisants :

  • Tenue des archives, des collections, de la biblio­thèque...
  • Participation à l'organisation de manifestations (sor­ties, séances, concours, salons, expositions...),
  • Participation à l'organisation du club (membre du bu­reau, correspondant de presse, etc.).

 3-5 Les manifestations et l'ouverture vers l'extérieur

 Au travers de ces activités, les manifestations en résultant ouvrent tout naturellement les clubs vers l'extérieur. Salons et concours devraient ne constituer qu'une partie de cette fa­meuse ouverture : travaux photographiques pour la communauté, photographes témoins de leur temps, archivage photo, etc. Tout peut être occasion d'augmenter le rayonnement du club et donc son audience. Cette démarche va dans le sens de la satis­faction des besoins de tous les adhérents du club.

 4 - POUR UN ESPRIT DIFFERENT

 4-1 Comparaisons

Les photo-clubs doivent être comme les grands clubs omnisports. Sociétés conviviales, ces clubs font s'amuser les poussins, jouer benjamins et minimes, éduquent cadets et juniors et ils puisent dans ces réserves pour constituer leurs équipes-fanion. S'ils s'avisaient de briser un maillon de cette chaîne, automatiquement ils décapiteraient leurs futures équipes au profit d'autres clubs.

Les photo-clubs doivent agir de fa‡on identique : de préférence pluri-disciplinaire (noir & blanc, couleur, audio-visuel, etc.) pour une meilleure stabilité, ils se doivent d'assurer la progression de chacun à tous les niveaux; la compétition, avec ses succès et son prestige, ne devient alors qu'une retom­bée de cette progression.

5 - RESUME DES POINTS IMPORTANTS DE L'ANIMATION

- accueillir

 Identifier pour le nouvel adhérent :

  •  ses disciplines (sympathisant, noir & blanc, etc.)
  • ses besoins (société, personnalité, réalisation de soi)

 pour le diriger vers une animation adaptée.

- animer

Initier, perfectionner, cultiver en différenciant nettement ces niveaux. 

  • proposer a chacun un travail personnel, des objectifs

Très important surtout pour les adhérents qui en "sont au be­soin de personnalité‚".

  • reconnaître et valoriser l'action de chacun 
  • multiplier manifestations et contacts locaux 
  • participer aux compétitions

Cette activité ne doit être qu'une retombée naturelle de l'animation - et non une fin en soi - et ne devrait donc deman­der aucun effort supplémentaire aux animateurs. 

6 - DES PROPOSITIONS PRATIQUES

Si l'analyse faite précédemment est correcte, de nombreux ani­mateurs devraient y reconnaître leur action, de fa‡on sans doute plus formalisée. Si elle n'est pas correcte, il devrait être facile par comparaison d'en déceler les erreurs et les la­cunes.

Source : Synthèse de réflexions des animateurs nationaux faite par Jean-Daniel LEMOINE - Fédération Nationale des Sociétés Photo­graphiques de France – France Photographie.